Louise Bourgeois souligne à raison l'importance du choix du miel, et recommande du miel de Narbonne.
Louise Bourgeois souligne à raison l'importance du choix du miel, et recommande du miel de Narbonne.
== L'hydromel contemporain (1789-aujourd'hui) ==
=== Traité complet de l'éducation des abeilles, Jean-Claude Pingeron, 1781 ===
Dans une note d'un traité sur les abeilles, M. Pingeron note quelques détails sur l'hydromel fabriqué par les peuples du Nord de l'Europe :<blockquote>Les Peuples du Nord retirent de très grands avantages de leurs Abeilles ; ils en magent le miel ; le font entrer dans nombre de leur ragoût, et en composent un breuvage nommé Miod, et en françois Hydromel. Ils le délayent pour cela dans de l'eau pure et le laissent fermenter. Cette liqueur, qui est plus ou moins bonne, selon les soins que l'on apporte en la faisant, et selon la qualité du miel, ressemble au vin de Malaga pour la couleur</blockquote>Au vu de cette description d'un hydromel très sombre, il y a fort à parier que les hydromels décrits étaient très oxydatifs.
A mesure que l'on se rapproche de l'époque contemporaine, les sources de recettes se multiplient, notamment dans les revues dédiées à l'apiculture. On note ainsi les recettes suivantes au XIXe siècle :
=== Petit traité d'apiculture, Henri Hamet, 1856 ===
[[Fichier:Petit Traité d'apiculture, Henri Hamet.png|vignette|391x391px|[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600785s/f79 Petit Traité d'apiculture, Henri Hamet]]]
Henri Hamet s'adresse aux apiculteurs, et propose plusieurs recettes d'hydromel :<blockquote>Il faut mettre dans un chaudron de cuivre le miel et l'eau nécessaire, c'est-à-dire un demi kilo de miel par litre et demi d'eau pure; faire bouillir à petit feu, jusqu'à réduction d'environ un tiers du liquide ; avoir soin d'enlever l'écume à mesure qu'elle se forme, et veiller à ce que le feu soit régulier et peu fort. Au bout de trois ou quatre heures d'ébullition modérée, il faut verser la boisson dans un cuvier, la laisser refroidir et la décanter. On l'entonne alors dans un tonneau bien propre et sans mauvais goût, que l'on a soin de bien emplir. On place ce tonneau dans un lieu dont la température est de 15 à 20 degrés centigrades. Au bout de deux ou trois jours la fermentation s'établit ; elle est tumultueuse d'abord ; mais au bout de quelques jours elle se calme, et l'on a soin de remplir le tonneau avec de la boisson que l'on a mise en réserve dans quelque cruchon. Après six semaines toute fermentation apparente est terminée, et l'on peut placer le tonneau dans un cellier ou dans une cave sèche. Quelquefois on provoque la fermentation en ajoutant un peu de levûre de bière ; mais cela n'est pas indispensable. On peut aussi modifier le goût de la liqueur en plaçant dans la chaudière quelques fleurs à arome prononcé, de la coriandre, de la cannelle, etc. Plus l'hydromel est vieux, plus il acquiert de qualité, lorsqu'il a été fait dans de donnes conditions.</blockquote>Henri Hamet propose également une deuxième recette de "miod", moins noble que le premier hydromel. Il le réalise avec les résidus d'extraction du miel, en lavant les rayons. Le ratio est d'environ un kilo de miel pour 6 à 12 litres d'eau. L'auteur propose également de compléter avec du sucre brut, de la cassonade, puis des fruits après la fermerntation (groseilles, framboises, cerises guignes ou bigarreaux, merises)., ou encore des plantes, racines ou fleurs aromatiques.
L'hydromel proposé par M. Hamet donne une densité initiale d'environ 1.130 (0.5kg de miel pour 1.5kg d'eau, mélange réduit d'un tiers ce qui donne 0.5kg de miel pour 0.8 L d'eau, ou 0.5kg de miel pour une cuvée de 1.2L). Le contrôle de la fermentation est inexistant.
Le Miod proposé par M. Hamet donne une densité initiale de 1.023 à 1.044, soit un potentiel de 3 à 6% d'alcool. Hamet avertit qu'embouteiller cet hydromel après un mois de fermentation donne une boisson pétillante qui risque de casser les bouteilles. Pour un tel potentiel alcoolique, il est surprenant d'avoir une période de fermentation si longue. Il est probable que l'absence d'ajout de levures dans un moût bouilli soit responsable, au moins en partie, de cette fermentation si languissante et peu contrôlée.
== Les techniques de fabrication anciennes et ancestrales ==
== Les techniques de fabrication anciennes et ancestrales ==
Version du 16 juillet 2023 à 13:16
L'hydromel, plus vieille boisson alcoolisée de l'humanité ?
Cette question est sujette à débats, et surtout, continue à évoluer au fil des recherches, des fouilles et des découvertes. En effet, la fabrication de boissons alcoolisées pré-date l’Histoire (la période pour laquelle nous avons des traces écrites, à partir de 3300 av. J.-C.), puisque l’on trouve des traces de fabrication d’alcool vieilles de plus de 10.000 ans.
Voici les plus anciennes traces de fabrication d’alcool aujourd’hui connues :
5.500 av. J.-C. : Traces de fabrication de vin (de raisin) dans les montagnes Zagros en Iran. Ce vin contenait également de la résine d’arbre Pistacia. Cet ajout était fréquent durant l’antiquité. Source : Neolithic resinated wine | Nature
~0 : Le géographe Grec Strabon indique au sujet des Ethiopiens : “Il y a aussi deux espèces de boisson, pour les gens du commun l'infusion de paliure, et pour les chefs le mélicras, lequel se prépare avec le miel qu'on exprime d'une certaine fleur”. Source : Strabon, Géographie, Livre XVI, Chapitre 4, paragraphe 17
350 ap . J.-C. : Deux mentions d’hydromel (“mes”) sur des inscriptions gravées sur une pierre trouvée à Safra en Ethiopie. Source : Abraham Johannes Drewes, Inscriptions de l’Ethiopie Antique, 1962, pages 36 et 48.
Si l’on cherche des traces de consommation d’alcool, sans nécessairement chercher une preuve de fabrication, alors le sujet devient plus complexe : les fruits peuvent fermenter tout seuls, de même qu’une ruche inondée pourrait voir son miel fermenter. Il est ainsi vraisemblable que l’hydromel puisse faire partie des premières boissons alcoolisées consommées par des humains.
Cependant, trouver des traces de cette consommation est quasiment impossible, et je n’ai pas pu trouver de sources crédibles qui démontrent une telle consommation, ni qui permette d’affirmer avec certitude que l’hydromel (ou un autre alcool) soit plus ancien que les autres.
L'Hydromel pendant l'Antiquité : Grecs, Romains, Celtes
Chez les peuples de tradition orale, comme la plupart des Celtes, il est difficile d'en savoir beaucoup sur la fabrication de l'hydromel. Chez les autres, qui nous ont laissé des écrits, nous sommes aussi dans le flou, car les recettes sont assez vagues, et ne décrivent pas précisément les arômes des hydromels obtenus, encore moins leur taux d'alcool et la sucrosité résiduelle.
XII. [1] Ainsi ce lavage étant mis à part et destiné à des conserves, on fera de l'hydromel avec le meilleur miel. Il y a plus d'une manière de le préparer. En effet, quelques personnes renferment, plusieurs années d'avance, de l'eau de pluie dans des vases qu'ils tiennent en plein air au soleil ; ensuite elles la décantent fréquemment dans d'autres vases et la tirent au clair (car toutes les fois qu'on tarde quelque temps à la transvaser, on trouve au fond un sédiment semblable à de la lie); puis on mêle un setier de cette vieille eau avec une livre de miel.
[2] D'autres personnes, pour donner un goût plus ferme à l'hydromel, délayent le setier d'eau avec le miel à la dose de neuf onces, et placent au soleil, durant quarante jours, à l'époque du lever de la canicule, la cruche qu'on a remplie de cette préparation et lutée avec du plâtre; dans cet état, ils la déposent sur une tablette où elle puisse recevoir la fumée.
[3] D'autres, qui n'ont pas eu soin de faire vieillir de l'eau de pluie, en prennent de fraîche et la font bouillir jusqu'à réduction des trois quarts; puis, quand elle est refroidie, mélangent un setier de miel avec deux setiers d'eau, s'ils désirent faire un hydromel très doux; ou bien, s'ils le veulent plus fort, ils ajoutent à un setier d'eau neuf onces de miel, et, ces proportions observées, versent dans la cruche leur préparation. Ensuite, comme je l'ai dit ci-dessus, ils l'exposent quarante jours au soleil, et la déposent sur des tablettes où elle soit exposée à l'action de la fumée.
On fait aussi du vin avec de l'eau et du miel seulement. On recommande de conserver pour cet objet pendant cinq ans de l'eau de pluie. Des gens experts se contentent, dès qu'elle est tombée, de la faire bouillir jusqu'à réduction d'un tiers; et ils ajoutent un tiers de miel vieux ; puis ils tiennent ce mélange au soleil pendant quarante jours, à partir du lever de la Canicule. D'autres le soutirent au bout de dix jours, et bouchent les vases. On nomme cette boisson hydromel (XXII, 5 1 ), et avec le temps elle prend le goût de vin
19. Préparation de l'hydromélon. L'hydromélon se prépare en mêlant quatre sextaires de suc de coings à huit sextaire de miel et douze sextaires d'eau, qu'on expose au soleil vers la canicule.
(...)
21. Autre manière de faire de l'hydromélon. Coupez par petits morceaux, avec un roseau, trente-deux coings de qualité supérieure dont on a ôté les pépins. Jetez-les dans huit sextaire du meilleur miel ; abandonnez le mélange à lui-même pendant huit mois, mélez-y douze sextaires de vieille eau de pluie, et exposez le tout au soleil pendant les chaleurs voisines de la canicule, en évitant la pluie et la rosée.
De l'hydromel.
VII. Dans les premiers jours de la canicule, puisez de l'eau pure à une fontaine; le lendemain, mettez dans trois setiers de cette eau un setier de miel non écumé, partagez avec soin ce mélange dans des chaudières où l'on cuit le sapa, et faites-le agiter constamment, pendant cinq heures par des enfants impubères, tandis que vous remuerez vous-même les vases; ensuite laissez-le exposé à l'air durant quarante jours et quarante nuits.
Le thème est récurrent : les romains fabriquaient leur hydromel avec une méthode qui a toutes les chances de donner un hydromel imbuvable par nos standards aujourd’hui :
La fermentation à une chaleur très élevée (quarante jours au soleil au plus fort de l’été) créerait des arômes fermentaires identifiés comme des défauts, notamment des alcools de fusels, qui peuvent donner des saveurs de dissolvant.
La durée d’exposition à l’air très longue causerait vraisemblablement une oxydation de l’hydromel très poussée, ce qui créé des arômes boisés, de noix très puissants, et qui diminue généralement la complexité aromatique du breuvage, atténuant le miel.
Le fait de “fumer” l’hydromel près du feu aidait probablement pasteuriser l'hydromel, pour empêcher une refermentation après avoir bouché le récipient. Cette méthode semble peu fiable, et apporte peut-être des notes fumées à l'hydromel lui-même.
L'hydromel au Moyen-âge (476-1492)
Nous avons des récits, mais également des recettes d'hydromel qui datent du moyen-âge.
BOCHET Pour bien faire six sextiers de bochet, prenez six pintes de miel bien doulx, et le mettez en une chaudière sur le feu et le faites boulir, et remuez si longuement que il laisse à soy croistre, et que vous véez qu'il gette bouillon aussi comme petites orines qui se creveront, et au crever getteront un petit de fumée aussi comme noire : et lors faites-le mouvoir, et lors mettez sept sextiers d'eaue et les faites tant boulir qu'ils reviengnent à six sextiers, et tousjours mouvoir. Et lors le mettez en un cuvier pour refroidier jusques à tant qu'il soit ainsi comme tiède, et lors le coulez en un sas, et après le mettez en un tonnel et y mettez une choppine de leveçon de cervoise, car c'est ce qui le fait piquant, (et qui y mettroit levain de pain, autant vauldroit pour saveur, mais la couleur en seroit plus fade,) et couvrez bien et chaudement pour parer. Et se vous le voulez faire très bon, si y mettez une once de gingembre, de poivre long, graine de paradis et cloux de giroffle autant de l'un que de l'autre, excepté des cloux de giroffle dont il y aura le moins, et les mettez en un sachet de toile et gettez dedans. Et quant il y aura esté deux ou trois jours et le bochet sentira assez les espices et qu'il piquera assez, si ostez le sachet et l'espraignez et le mettez en l'autre baril que vous ferez. Et ainsi vous servira bien celle pouldre jusques à trois ou quatre fois.
AUTRE BOCHET DE QUATRE ANS DE GARDE, et peut-l'en faire une queue ou plus ou moins à une fois qui veult. Mettez les trois pars d'eaue et la quatrième de miel, faites boulir et escumer tant qu'il déchée du dixième, et puis gettez en un vaissel : puis remplez vostre chaudière et faictes comme devant, tant que vous en aiez assez; puis laissiez redroidier et puis remplez vostre queue: adonc, vestre bochet gettera comme moust qui se pare. Si le vous convient tousjours tenir plain fain qu'il gette, et après six sepmaines ou un mois l'en doit traire tout le bochet jusques à la lye et le mettre en cuve ou en autre vaissel, puis deffoncier le vaissel où il estoit, oester la lye, eschauder, laver, renfoncer, et remplir de ce qui est demouré, et garder; et ne chault s'il est en vuidenge. Et adonc aiez quatre onces et demie de pouldre fine de fine canelle et une once et demie de clou de giroffle et une de graine batus et mis en un sachet de toile et pendus à une cordelette au bondonnail.
Nota que de l'escume qui en est osté, prenez pour chascun pot d'icelle douze pos d'eaue, et boulez ensemble, et ce sera bon bochet pour les mesgnies. Item, d'autre miel que d'escume se fair à autele portion.
Cette recette permet de faire une boisson assez sucrée et peu alcoolisée (seulement deux à trois jours de fermentation avec une levure de bière). En outre, on remarque l’utilisation d’épices, qui permet d’atténuer le goût fort et âpre du miel brûlé.
L'hydromel pendant la période moderne (1492-1789)
On peut trouver quelques recettes d'hydromel en parcourant d'anciens ouvrages, notamment sur Gallica. On note ainsi les recettes suivantes :
André Thevet, parcourant l'Afrique de l'ouest, note la recette suivante (page 75) :
Le peuple des Royaumes de Genehoc et de Caffene, qui tirent vers le Levant, (...) prennent trente ou quanrante liures de miel, qu'ils font bouillir avec de l'eau au Soleil, dans certains vaisseaux, capables d'un muyd et davantage : et étant purifié, comme fait le vin nouvellement entonné de pardeça, ils s'en aydent. Ce a le goust de l'hydromel, que l'on fait en plusieurs endroits de l'Europe.
Localiser ces peuples est complexe, voici la description de l'endroit par André Thevet (p 72) :
Ce cap, ou prominence de terre, entrant bien avant en la mer, est assis sur la coste d'Afrique, entre la Barbarie et la Guinée, et compris dans l'enceinct de Lybie, entouré des flots de Senega vers l'Est, et à l'Ouest de la mer Oceane, que l'on dit Atlantique ou Hesperique, posé à quize degrez deça la ligne equinoctiale : et s'appelle Macandan et Besenghé. Les premiers qui en feirent la découverte, environ l'an de nostre Seigneur Mil quatre cens nonatesept, luy mirent le nom Cap de Verd, pour la mesme rason qu'ils nommerent un autre au deça, Cap blanc.
Recueil des secrets de Louyse Bourgeois (...), Louise Bourgeois, 1635
Ce livre propose plusieurs recettes d'hydromels, notamment les suivantes :
Pour faire l'hydromel
Il faut prendre du miel de Narbonne du meilleur une liure avec quatre pintes d'eau, et les faire bouillir, et ecumer tant que l'écume soit toute blanche, et sans ordure aucune, et pour le rendre plus purifié l'on y peut mettre des blancs d'oeufs et coquilles pour le clarifier, soit dés le commencemment, soit sur la fin : l'on doit mettre sur cinq liures de miel une liure de jus de coings qui est la sixiesme partie, et s'il le bout trop, et ne le carifie, ou escume assez à coup, l'on y peut remettre de l'eau à discretion pour le clarifier plus à loisir : il faut lier un oeuf avec du fil, de sorte que l'on leiette dedans, il ira au fonds, et quand il est cuit il le cognoist, quand il revient au dessus. Il se fait vers la Pentecoste, et le gardedans de grosses bouteille sde terre au soleil tout l'esté, estant les bouteilles à trois doigts moins que pleines, et couvertes de parchemin, de peur des mouches.
Or le moyen pour faire que l'hydromel ayt le goust de vin muscat; il faut en la faison faire amasser de la fleur de vigne, de la fleur de sureau, et de la fleur de toute bonne, autant d'une que d'autre et les y mettre.
Pour faire de bon hydromel, à douze liures d'excellent miel, il faut six pintes d'eau, et le faire bouillir en le bien escumant, tant qu'il y ait diminution du tiers, puis le mettre dans un baril, ou bouteille sans boucher afin qu'il escume, et l'y laisser l'espace de six sepmaines.
. Les recettes reprennent des thèmes communs aux recettes précédentes : le miel est bouilli et écumé, et la fermentation se passe dans des bouteilles d'eau laissées au soleil pendant l'été.
Cependant cette recette introduit également un nouvel élément : la clarification de l'hydromel, qui est réalisé ici avec des blancs d'oeufs et des coquilles d'oeufs.
On notera également qu'une fois encore, l'hydromel "traditionnel" n'est pas forcément issu uniquement de miel, eau et levure, puisqu'ici Louise Bourgeois utilise tantôt du jus de coings, tantôt des fleurs (vigne, sureau, "toute bonne") pour aromatiser son hydromel.
Louise Bourgeois souligne à raison l'importance du choix du miel, et recommande du miel de Narbonne.
Traité complet de l'éducation des abeilles, Jean-Claude Pingeron, 1781
Dans une note d'un traité sur les abeilles, M. Pingeron note quelques détails sur l'hydromel fabriqué par les peuples du Nord de l'Europe :
Les Peuples du Nord retirent de très grands avantages de leurs Abeilles ; ils en magent le miel ; le font entrer dans nombre de leur ragoût, et en composent un breuvage nommé Miod, et en françois Hydromel. Ils le délayent pour cela dans de l'eau pure et le laissent fermenter. Cette liqueur, qui est plus ou moins bonne, selon les soins que l'on apporte en la faisant, et selon la qualité du miel, ressemble au vin de Malaga pour la couleur
Au vu de cette description d'un hydromel très sombre, il y a fort à parier que les hydromels décrits étaient très oxydatifs.
A mesure que l'on se rapproche de l'époque contemporaine, les sources de recettes se multiplient, notamment dans les revues dédiées à l'apiculture. On note ainsi les recettes suivantes au XIXe siècle :
Henri Hamet s'adresse aux apiculteurs, et propose plusieurs recettes d'hydromel :
Il faut mettre dans un chaudron de cuivre le miel et l'eau nécessaire, c'est-à-dire un demi kilo de miel par litre et demi d'eau pure; faire bouillir à petit feu, jusqu'à réduction d'environ un tiers du liquide ; avoir soin d'enlever l'écume à mesure qu'elle se forme, et veiller à ce que le feu soit régulier et peu fort. Au bout de trois ou quatre heures d'ébullition modérée, il faut verser la boisson dans un cuvier, la laisser refroidir et la décanter. On l'entonne alors dans un tonneau bien propre et sans mauvais goût, que l'on a soin de bien emplir. On place ce tonneau dans un lieu dont la température est de 15 à 20 degrés centigrades. Au bout de deux ou trois jours la fermentation s'établit ; elle est tumultueuse d'abord ; mais au bout de quelques jours elle se calme, et l'on a soin de remplir le tonneau avec de la boisson que l'on a mise en réserve dans quelque cruchon. Après six semaines toute fermentation apparente est terminée, et l'on peut placer le tonneau dans un cellier ou dans une cave sèche. Quelquefois on provoque la fermentation en ajoutant un peu de levûre de bière ; mais cela n'est pas indispensable. On peut aussi modifier le goût de la liqueur en plaçant dans la chaudière quelques fleurs à arome prononcé, de la coriandre, de la cannelle, etc. Plus l'hydromel est vieux, plus il acquiert de qualité, lorsqu'il a été fait dans de donnes conditions.
Henri Hamet propose également une deuxième recette de "miod", moins noble que le premier hydromel. Il le réalise avec les résidus d'extraction du miel, en lavant les rayons. Le ratio est d'environ un kilo de miel pour 6 à 12 litres d'eau. L'auteur propose également de compléter avec du sucre brut, de la cassonade, puis des fruits après la fermerntation (groseilles, framboises, cerises guignes ou bigarreaux, merises)., ou encore des plantes, racines ou fleurs aromatiques.
L'hydromel proposé par M. Hamet donne une densité initiale d'environ 1.130 (0.5kg de miel pour 1.5kg d'eau, mélange réduit d'un tiers ce qui donne 0.5kg de miel pour 0.8 L d'eau, ou 0.5kg de miel pour une cuvée de 1.2L). Le contrôle de la fermentation est inexistant.
Le Miod proposé par M. Hamet donne une densité initiale de 1.023 à 1.044, soit un potentiel de 3 à 6% d'alcool. Hamet avertit qu'embouteiller cet hydromel après un mois de fermentation donne une boisson pétillante qui risque de casser les bouteilles. Pour un tel potentiel alcoolique, il est surprenant d'avoir une période de fermentation si longue. Il est probable que l'absence d'ajout de levures dans un moût bouilli soit responsable, au moins en partie, de cette fermentation si languissante et peu contrôlée.
Les techniques de fabrication anciennes et ancestrales
Comme on a pu le voir précédemment avec des exemples de recettes antiques et médiévales, les hydromels historiques étaient des fruits de leur temps, et les recettes reflètent le niveau de connaissance sur la fermentation qu’avaient les différents peuples qui ont produit de l’hydromel.
En effet, de la préhistoire jusqu’au XIXe siècle, le fonctionnement des levures et les principes de la fermentation n’étaient pas compris : c’est Pasteur qui mit à jour l’action des levures et leur nature.
Outre les fautes dans leurs procédures, les romains/celtes/vikings/etc. n’utilisaient pas de sulfites ni de nutriments non pas par conviction, mais par manque de connaissance. Ainsi, faire un hydromel “comme avant” signifie se priver de notre connaissance actuelle de la chimie et du fonctionnement des levures. Cela signifie aussi souvent réaliser des étapes inutiles par pure superstition, comme de laisser reposer l’eau de pluie pendant plusieurs années.
Les ingrédients ont donc considérablement évolué, ce que l’on voit également clairement au travers des ouvrages et des recettes. Il n’est pas forcément possible de suivre ces recettes à cause de cela :
Les recettes antiques (Pline, Columelle) ne recommandent pas d'ajout de levure. Il faut cependant lire ces recettes avec prudence car cette opération étaient peut-être évidente pour eux, et ne nécessitait donc pas de figurer dans leurs recettes.
Les recettes moyen-âgeuses (Le Ménagier de Paris, XIVe, voir ci-dessus), recommandent souvent l’ajout d’un levain de cervoise (bière).
On a des traces d’hydromels créés à partir de lies de vin ou de cidre, notamment au XIXe siècle.
En 1892, M. Laval recommande aux apiculteurs de lancer la fermentation en ajoutant “un peu de levure de bière” dans leur moût. Dans le même ouvrage, M. Gayon recommande l’usage de levures sélectionnées au même titre que la bière et le vin (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97485566).
En 1972, M. Alin Caillas explique que l’on utilise des levures sélectionnées, qui sont commercialisées dans des “bidons en fer blanc bouchés par un bouchon de liège percé”
Aujourd’hui, la plupart des ouvrages recommandent l’utilisation de LSA (levures sèches actives), ou bien de levures liquides (par exemple Schramm ou Kaczmarek)
En lisant ces recettes anciennes, et parfois plus récentes avec des ouvrages du XIXe et XXe siècle, on voit que tous les auteurs sont préoccupés d’abord par faire la meilleure boisson possible. Ils n'hésitent pas à réfuter d’anciennes pratiques et d’anciennes théories, et à en proposer de nouvelles. Par exemple, Georges de Layens commence son ouvrage de 1906 par dénoncer dés la page 5 les “Hydromels mal fabriqués” (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1426227w).
Le jeu de rôle et l’archéologie expérimentale ont tout à fait leur place dans la fabrication de l’hydromel, et partout ailleurs - mais il faut également en reconnaître les limites : les hydromels fabriqués avec des méthodes anciennes ou ancestrales étaient des produits de leur temps. Ils étaient plus aléatoires, potentiellement de moins bonne qualité, et souvent ne correspondant plus au goût d’aujourd’hui.